CYCLONE DINA : 22 ET 23 JANVIER 2002

 

Ce bilan est établi à partir des divers rapports et bilans des services de l’Etat (BRGM, DDAF, DREAL, DRASS, Météo France, ONF, Préfecture/SIRDPC) et des revues de presse (Journal de l’Ile de la Réunion, Quotidien, Témoignages).

 

 

1. Caractérisation de l'événement

 

Trajectoire du cyclone Dina

 

 

Déroulement du dispositif d’alerte :

Vigilance cyclonique déclenchée le 20 janvier à 13 heures

Alerte orange déclenchée le 21 janvier à 13 heures

Alerte rouge déclenchée le 22 janvier à 8 heures

Alerte rouge levée le 23 janvier à 12 heures

 

 

 

Dina a commencé à faire sentir ses effets sur la Réunion dans l’après-midi du 21 janvier 2002. C’est dans la matinée du 22 que la quasi-totalité de l’île commence à ressentir l’influence de Dina situé alors à 120 km dans le nord-est.

 

Les conditions s’aggravent très nettement dans l’après-midi à l’approche du cyclone. La nuit du 22 au 23 fut également très dure pour tous les Hauts de l’île où le vent est demeuré très violent pendant de nombreuses heures. Ce n’est que dans l’après-midi du 23 que Dina n’a plus intéressé l’île en poursuivant son éloignement vers le sud-ouest et permettant ainsi une amélioration générale.

 

 

 

1.1 Vents

Les vents violents ont touché l’ensemble de l’île mais c’est dans les Hauts et sur le Nord-Ouest que les rafales ont été les plus violentes (vent à 277 km/h mesurés au Piton Maido à 2.200 m d’altitude avant la panne de la station).

 

La pression minimale est de 993,6 hPa, (saison cyclonique 2001-2002, Météo France).

 

Pour tenter d’évaluer la fréquence d’un phénomène tel que Dina au niveau des vents, sur plusieurs stations fiables, Météo France a calculé la durée de retour des valeurs mesurées, la fréquence de retour est toujours comprise entre plus de 20 ans et plus de 50 ans.

 

 

 

  

supérieure à 30 ans pour Gillot (187 km/h)

supérieure à 50 ans pour le Port (180 km/h)

supérieure à 20 ans pour Petite-France (191 km/h)

supérieure à 30 ans pour la Plaine des Cafres (220 km/h).

 

 

 

 

 

 

Pour le vent le cyclone Dina bien que violent, ne constitue donc pas un événement exceptionnel.

 

Ce qui est remarquable pour Dina, c’est la durée des vents violents pendant de longues heures (vents de plus de 150 km/h en rafales entre 5 et 15 heures en fonction de la localisation géographique). 

 

 

1.2 Précipitations

Dans les Hauts, à la Plaine des Chicots, les mesures enregistrent un maxi absolu de 2018 mm en 72h. Si l’on se réfère aux valeurs maximales quotidiennes, les cumuls quotidiens du 22 janvier constituent des records absolus dans quelques sites du Nord-Ouest et de l’Ouest. Exceptée sur la côte Est de Saint Joseph à Saint Benoît, relativement épargnée, il est tombé de 300 à 600 mm sur le littoral.

 

La pluviométrie a été sur des pas de temps correspondant globalement aux temps de concentration des principaux bassins versants (1/2 h à 6 h) de fréquence décennale (inférieure à cette fréquence sur la partie Est de l’île et légèrement supérieure à l’Ouest). Toutefois sur un pas de temps de 24 heures la fréquence de retour est centennale sur la quasi-totalité de l’île.

 

Concernant les durées de retour de ces cumuls, on constate que les intensités correspondantes sur 30 minutes à 3 heures ne sont pas exceptionnelles. Par contre, sur 6 à 24 heures, les durées de retour dépassent largement les 10 ans, voire beaucoup plus pour quelques postes. L’épisode pluvieux lié à Dina se caractérise donc bien plus par une durée importante des fortes précipitations, que par des intensités instantanées qui ne sont pas exceptionnelles.

 

 

 

Les valeurs figurant sur la carte des périodes de retour sont celles des postes où Météo France a pu estimer les durées de retour de manière raisonnable avec un échantillon de données suffisamment important. Néanmoins, trois communes posent problème car certains postes n’ont pas fonctionné correctement (Plaine des Palmistes, Saint-André et Bras- Panon).

 

 

 

 

 

 

 

1.3 Houle cyclonique

Il existe 4 houlographes à la Réunion implantés à Saint Pierre, Sainte Rose, Le Port et Saint Leu. On a pu mesurer en hauteur maximale, 8,90 m à Saint Pierre et 6,30 m au Port avant la panne des stations. La hauteur moyenne maximale du tiers des vagues les plus hautes (H1/3) ayant affecté le 22 janvier 2002 les côtes les plus exposées du département, soit le littoral nord de la pointe des Cascades à la Pointe des Galets, est estimée à 10 mètres. Le houlographe au niveau de la pointe du Gouffre aurait enregistré un pic de 12,47m de hauteur maximale. (HOULEREU, BRGM 2010)

 

On retrouve peu de données concernant l’aléa submersion marine, il est difficile d’évaluer l’intensité du phénomène avec les seuls rapports de Météo France et du BRGM.

 

La direction de cette houle est particulièrement impactante pour la façade est mais son énergie est plus importante au nord de l’île. En effet, au large, la hauteur significative des vagues maximale est d’environ 22m en face de la côte nord et de 18m à 20m à l’est. Au même moment, la période pic de la houle s’échelonne de 15s au sud-est à 18s au nord de l’île. Malgré cette différence d’énergie, la façade est reste la plus touchée près de la côte car les vagues arrivant frontalement, elles sont peu réfractées alors que sur la façade nord, elles sont plus dissipées et leur hauteur devient inférieur à 18m près de la côte.

 

En revanche, les parties ouest et sud-ouest sont relativement protégées des vagues. Au large, les vagues déjà atténuée par le contournement de l’île ne dépassent pas 16m et se dirige dans le sens opposé à la côte. Ainsi, elles sont fortement réfractées en arrivant obliquement à la côte et leur hauteur significative s’en trouve très diminuée (environ 10m).

 

Cette houle a eu pour principales conséquences :

d’atteindre quelques bâtiments vraisemblablement par la mer (Bras-Panon, Sainte- Suzanne, Saint-Denis) ;

d’épandre des galets et des détritus sur les terres (Saint-Denis, Saint-André, Sainte- Marie) ;

de submerger les routes (route du littoral, Sainte-Suzanne, Saint-André).

de provoquer un mini raz-de-marée du côté de Grand-Canal à Champ-Borne où la mer est montée en drainant sur la route tout un tas de ferraille, de galets et du sable.

 

 

Houle au Barachois (photos : Gelabert et Remois, Météo France)

 

 

1.4 Les inondations : débits et hauteurs d’eau observées

 

 

La DDE indique le manque de données hygrométriques et précise que l’évaluation d’occurrence des crues engendrées par le cyclone DINA est basée sur l’estimation de la relation pluie-débit. Des volumes d’eau ruisselée exceptionnels (fréquence centennale) ont saturé, détrempé les sols (provoquant des glissements de terrain) et inondé les zones basses (Hermitage à Saint-Paul). Des forts débits de pointe (période de retour de l’ordre décennal) sont constatés dans l’Est et supérieur dans le reste de l’île, en particulier dans le Nord et l’Ouest.

 

 

 


Cours D'eau Débits de pointe (m3/s) Hauteur max (cm) Site d'observation / Remarques
Ravine du Butor 83 88  
Rivière des Pluies 330 302 pont Domenjod
Rivière du    Mât 980 534  
Rivière des Roches 365 741  
Ravine Blanche 200   embouchure, crue la plus forte après Firinga
Rivière Langevin 480 302 cascade Jacqueline, crue la plus forte après Firinga
Ravine    Bernica 90 226  
Ravine Saint-Gilles 220 210  
Étand St Paul 400 302 NGR embouchure, crue exceptionnelle
Ravine Hermittage 40   embouchure
Ravine à Marquet 140   RN1
Bras de la Plaine 650   radier Ouaki
Bras de    Cilaos 1000   radier Ouaki, crue intense
Rivière d'Abord 420   embouchure, crue la plus forte après Firinga
Rivière des Remparts 600   RN1, crue la plus forte après Firinga
Ravine des Cabris 120   Bois d'Olive, records régionaux
Rivière des Galets 1200   Cap Lebot, destruction totale de la station
Rivière St Denis 240   pont du boulevard sud

Tableau des débits de pointe sur plusieurs ravines lors du cyclone Dina, ORE

 

 

radier_submergé

Radier submergé au niveau du stade de l’Est et de Carrefour à Saint-Denis.
Photo de Remois, Météo France

 

 

 

2. Cartographie des zones impactées

2.1 Cartographie de l’événement

 

Le cyclone Dina a engendré des débordements de ravine et des inondations dans trois secteurs principaux à l’Ouest et au Sud : L’étang de Saint-Paul avec la ravine de la Plaine, l’Ermitage, ainsi que la rivière Langevin. Grâce à l’étude de relevé des laisses de crue demandée par la DDE, le phénomène est bien connu sur ces trois secteurs.

 

Cependant d’autres sites sensibles ont pu être recensés en SIG sur les dégâts liés aux inondations à travers les différentes coupures de presses.

saint_paul_inondation_dina


ermittage_inondation_dina

 

langevin_inondation_dina

 

2.2 Mouvements de terrain

 

 

mvt_dina

 

Le BRGM a recensé tous les mouvements de terrains engendrés par Dina dont deux mouvements de terrain de grande ampleur (kilométrique) à Saint-Joseph au niveau des Rivières des Remparts et à Langevin.

 

 

Les principales conséquences ont été la dégradation :

du réseau routier (en particulier la RN 5, qui est l’unique voie d’accès dans le cirque de Cilaos)

des habitations (particulièrement à Sainte Marie où les maisons sont directement ou indirectement mises en péril) ;

des canalisations (Entre-Deux, Salazie, Le Tampon) ;

des sentiers pédestres (La Possession, Saint-Paul, Salazie, Cilaos)

des parcelles agricoles (Le Tampon).

 

eboulement_dina

 

RN5 coupé par des éboulements :

Toute la population résidant (5000 à 6000 personnes) dans le cirque de Cilaos, qui est relié au reste de l’île par cette route unique, est restée bloquée jusqu’au 28 janvier.

 

Photo de Gelabert, Météo France

 

 Sous l’action de pluies intenses, des érosions régressives se sont développées avec un regain de vigueur qui doit inciter à la plus grande vigilance dans les 3 cirques. Des matériaux issus de ces régressions, ont été charriés jusqu’aux ravines et rivières avec la formation de plages de dépôt – parfois très importantes – susceptibles d’être reprises par de prochains événements. Des phénomènes de renardages et de déboulés ont été observés dans toutes les hauteurs de l’île.

arrete_catnat_dina

Liste des arrêtés CatNat 22, 23 janvier 2002 /
Préfecture, commission exceptionnelle du 4 février et du 3 avril 2002

 

 

3. Conséquence négatives observées

3.1 Population

 

Le cyclone Dina n’a pas fait de victimes directes. Toutefois il est à noter les points suivants :

 

six personnes sont décédées indirectement des suites du cyclone. Il s’agit de personnes souffrant d’insuffisance rénale ou respiratoire et qui n’ont pu être dialysées ou soignées en raison des difficultés de circulation des secours ;

 

deux personnes ont été blessées à Saint-Denis alors qu’elles tentaient de consolider un mur.

 

 

3.2 Habitation

 

À l’issue de la catastrophe, la CCR a réalisé un rapport de retour de mission. Celui-ci indique qu’environ 15 000 dossiers de sinistre ont été déposés. Ces sinistres peuvent être de nature très diverses. En effet, en croisant ces informations avec celles remontées par les communes, on constate qu’environ 500 de ces sinistres concernent la destruction de maison. Très fréquemment, il s’agissait d’habitat précaire.

 

Le coût lié à la mise en oeuvre du dispositif CATNAT s’élève à 95 M€ environ. Ce chiffre est lié à l’intégration depuis 2000 des dégâts liés au vent dans l’indemnisation des catastrophes naturelles Ainsi, les dégâts liés aux infiltrations représentent le poste de dépense le plus élevé pour les assureurs. La non prise en compte des dégâts liés au vent (toiture, infiltration) aurait réduit l’enveloppe à 10 M€.

 

Environ 2750 personnes ont dû trouver abri dans les centres d’hébergements ouverts dans les communes au moment le plus fort. Ces hébergements ont été réalisés soit de façon préventive, soit mobilisés en urgence (habitations détruites ou endommagées).

 

Le 28 janvier, soit 6 jours après le cyclone, 576 personnes étaient encore hébergées dans des centres d’accueil.

 

Commune Constructions privées endommagées Personnes en centre d'hébergement
Avirons - 40
Bras-Panon - 3
Cilaos - 100
Entre-Deux 62 20
Étang-Salé - 30
Petite-Île 23 60
Plaines des Palmistes 11 25 / 45
Le Port   400
La Possession 450 319
Saint-André 1000 80
Saint-Benoit - 100
Saint-Denis - 200
Saint-Joseph 40 170
Saint-Leu - 40
Saint-Louis 500 86
Saint-Paul 1000 250
Saint-Pierre 600 211
Saint-Philippe 4 9
Sainte-Marie 10 50
Sainte-Rose 3 20
Sainte-Suzanne 13 60
Salazie 250 -
Tampon 100 100
Trois-Bassins 35 15

Le Journal de l’île de la Réunion, 24 janvier 2002
Dégâts signalés par les communes, 1 février 2002

 

 

3.3 Les infrastructures publiques

 

Réseaux routiers

 

Le réseau routier a été fortement touché. Le vent a arraché quantité d’arbres, de poteaux et de câbles électriques et téléphoniques qui se sont abattus sur les routes. Les pluies abondantes ont submergé les radiers, rendant impossible toute circulation. Une bonne partie de la route nationale reliant l’Ouest au Sud, est inondée et bon nombre de routes départementales et de chemins communaux ont été dégradés.

 

Les glissements de terrain et les éboulements ont emporté des portions de routes et ont aussi provoqué des fermetures d’axes importants :

 

- route du littoral entre Saint-Denis et La Possession est impraticable, « de nombreux blocs dont certains supérieurs à 30 tonnes jonchent la route du Littoral » (le diablo) elle est rétablie en basculé le 25 janvier ;

 

- route de Cilaos (20 km de route sont bloqués par des éboulis et la chaussée a disparu par endroits), « Lundi 28 janvier, 12h30 : le cirque de Cilaos n’est plus isolé du reste du monde » (le diablo) ;

 

- la route de Salazie est coupée ; la liaison entre Bois-de-Pomme-Salazie village, la route de Mare-à-Martin à Bé-Cabot-les-Bas et la section Hell-Bourg-Ilet-à-Vidot sont coupés ;

 

- la route de la Montagne est encombrée par des rochers et des arbres et est rétablie le 26 janvier ;

 

- la route Odilon Picard (Grande Ferme) est emportée sur 2,5 km.

 

Réseaux EDF

 

 Après le passage de Dina, un peu plus de la moitié de la population était privée d’électricité. Le 23 janvier à 16 heures, « le responsable d’EDF au PC de crise déplorait 107 000 abonnés privés d’électricité sur l’ensemble de l’île. », (Le JIR, jeudi 24 janvier). Le 28 janvier (soit 6 jours après le cyclone), il restait encore près de 10.000 foyers et entreprises (haute et basse tension) non desservis en électricité.

 

Réseaux météorologique

 

 Le réseau météorologique a beaucoup souffert du passage de Dina. Certaines stations ont été fortement endommagées et de nombreux pluviomètres ont été arrachés de leur support.

 

Réseaux d’eau

 

 Eau potable :

Pour l’eau potable, au total, on comptabilise près des trois-quarts de la population (500.000 personnes), qui ont subi des coupures d’eau (ayant duré plus d’une demi-journée après le passage du cyclone) ou des perturbations importantes de la distribution.

Au 28 janvier 2002 (soit 6 jours après le cyclone), on comptait encore 52.000 personnes sans eau et 76.000 connaissaient encore des perturbations d’approvisionnement. Dix jours après le passage du cyclone, 7 % de la population n’était pas encore raccordée aux réseaux.

Pour 51% des abonnés concernés, les perturbations sont imputables à des ruptures d’alimentation électrique ; 26 % des abonnés ont été concernés par des dégradations d’ouvrages d’adduction ; les autres causes sont essentiellement des problèmes de dégradation persistante de la qualité des ressources (22% des abonnés) ou des pannes de pompes (1% des abonnés).

Des glissements de terrain ont sérieusement endommagé le réseau de distribution d’eau potable, particulièrement dans le sud de l’île.

 

Assainissement :

Pour l’assainissement, la situation n’est guère brillante. On a noté des débordements des stations d’épuration de l’Hermitage, de Sainte-Rose et de Saint-Denis. Beaucoup de postes de refoulement d’eaux usées ont été mis en défaut par des alimentations électriques défaillantes. La zone de l’Hermitage a été noyée, comme les postes de refoulement ne sont pas hors d’eau ni sécurisés en alimentation électrique, les eaux se sont déversées dans le lagon. Des débordements d’assainissement non collectif par remontée de nappe ont été signalés sur la zone de l’Hermitage.

 

Réseaux de télécommunications

 

Les réseaux France Télécom et SFR ont été endommagés. Le 23 janvier en fin d’après-midi, France télécom estimait à 13 500 le nombre de ses abonnés privés de téléphone. Au 28 janvier 2002, plus de 6.000 foyers n’étaient toujours pas raccordés au réseau fixe.

Par ailleurs, les installations techniques de TDF et de RFO (pylônes et antennes) ont été endommagées et a eu pour conséquence l’interruption des émissions radios au paroxysme du cyclone le 22 janvier à 19 heures et n’ont pu être rétablies que le lendemain matin vers 11 heures.

Le service public de la radio était coupé, ce qui privait tous les foyers réunionnais d’informations et de liens avec le reste du monde pendant l’alerte rouge. Les liaisons avec la métropole ont été coupées.

 

 

3.4 Le domaine agricole

 

L’activité agricole a été sévèrement touchée dans tous les domaines.

 

Élevage

 

Ainsi en matière d’élevage, si toutes les filières sont touchées à des degrés divers, le secteur avicole apparaît sinistré avec une perte de 50% du parc.

 

 

Maraîchage et horticulture

 

Les autres productions sont également affectées en matière de perte de récolte : 90 à 100% pour le maraîchage, 50 à 100% pour l’horticulture, 10 à 20% pour la canne à sucre, 15 à 100% pour l’arboriculture fruitière en fonction du type de fruit.

 

Les effets indirects du passage se sont également fait sentir sur les prix, avec par exemple les tomates passées en une semaine de 1,52 €/kg en moyenne à 3 €/kg sur le marché de Saint- Denis, la salade passant de 0,76 € l’unité à 1,22 €.

 

 

Peuplement forestier en milieux naturels

 

C’est la Tamarinaie, du fait du développement important du houppier des tamarins, qui a été le plus touchée mais ces peuplements naturels et donc leur structure ont été façonnés par le passage des cyclones successifs et leur régénération se fera à son rythme sans qu’il y ait besoin d’intervenir directement (une intervention est d’ailleurs déconseillée pour éviter une perte de biodiversité due à des prélèvements). A noter cependant un suivi écologique nécessaire d’une part pour comprendre le fonctionnement de ces écosystèmes et d’autre part pour évaluer l’envahissement par les pestes. À titre d’exemple, 100 % des arbres de la plaine des Tamarins ont été couchés par le cyclone.

 

Peuplement forestier en milieux cultivés (série de production)

 

C’est encore la tamarinaie qui est la plus touchée, en particulier Belouve (détruite à 25%). La proposition de l’ONF est d’exploiter le bois tombé à terre pour les plus gros arbres et un élagage des arbres les plus jeunes. La technique de régénération des peuplements est bien maîtrisée et permettra de reconstituer les peuplements. Reste le problème des pestes à maîtriser.

 

Cryptomeria : ce type de peuplement a été peu touché car cette espèce est très résistante aux cyclones sauf situation particulière (en crête, soumis à des phénomènes de venturi, ancrage des arbres trop superficiel). A noter cependant que les peuplements les plus âgés sont parfois fortement abîmés.

 

Les espaces forestiers de production ont été fortement touchés (1.000 ha détruits pour les seules forêts sur environ 5.000 ha de forêt de production). De manière connexe, les accès à ces espaces forestiers ont bien souvent été touchés, ce qui rend difficile les interventions sur site.

 

Peuplement forestier en milieux récréatifs

 

Ces milieux très prisés des réunionnais sont peu touchés dans l’ensemble, sauf cas particulier. Le problème à régler est la mise en sécurité des sites par des opérations d’élagage. Les peuplements les plus touchés seront reboisés en cryptomerias et tamarins.

 

Les vents en rafale ont occasionné de très nombreux bris d’arbres ou de cimes dans la végétation forestière. Ces bris ont obstrué assez généralement le réseau des sentiers de randonnée et les routes forestières.

 

Le réseau des sentiers de randonnée a été considéré comme impraticable en attendant les résultats des reconnaissances pédestres complètes pendant quelques jours. Dans le cirque de Mafate, l’ensemble du réseau de sentiers internes a été atteint par les intempéries et, globalement, toutes les liaisons inter-ilets sont interrompues à la suite de ravinements ou glissements de sols. En raison de précipitations persistantes, de nombreux passages de ravines sont submergés et restent infranchissables.

 

Le réaménagement du domaine forestier est estimé par l’ONF entre 11 et 12 millions d’euros.

 

3.5 Les dommages aux rivières et les impacts sur l’environnement

Milieux aquatiques

 

Les milieux aquatiques d’eau douce ont été fortement perturbés par les débits des rivières et ravines et par les dégradations de la qualité des eaux.

 

À l’opposé, les crues ont rétabli les connexions de rivière avec la mer et ainsi ont permis à de nombreuses espèces migratrices de coloniser le lit des rivières pour l’Est comme pour l’Ouest (rivière des galets par exemple).

 

Les lagons

 

S’agissant des eaux marines, le lagon réceptacle des ravines de l’Ouest n’avait pas connu d’événement aussi important depuis des années. Des blanchissements de larges massifs coralliens sont visibles dès J+7 dans plusieurs secteurs (Trou d’Eau, St Leu et en rive Sud de la passe de l’Hermitage, Roches Noires). La présence de dépôts sédimentaires importants de l’ordre du millimètre à l’Hermitage, plusieurs centimètres par endroits à St Leu peuvent expliquer en partie les blanchissements coralliens observés.

 

Des panaches de rejets d’eau colorée sont visibles par endroits. Certains sont directement associés aux exutoires des ravines ; d’autres sont localisés dans des secteurs de plage ayant subi des érosions notables (Trou d’eau et Souris Chaude), à proximité d’affouillements voire de dégradation de réseaux de collecte d’eau usée ; d’autres enfin, correspondent à des pompages de secteurs d’habitations inondées (La Saline). Les courants générés par les Alizés pendant les 8 jours qui ont suivi le cyclone, ont favorisé un renouvellement ponctuel assez rapide des eaux des lagons.

 

Cependant, un mois plus tard, on observe d’importants « blooms algaux » dans les lagons, notamment à l’Hermitage (pas de vérification exhaustive de terrain). Ces « blooms » sont caractéristiques de crises d’eutrophisation. Ces phénomènes sont dangereux dans des écosystèmes oligotrophes comme les écosystèmes coralliens.

 

Le trait de côte a par endroit été sensiblement modifié par la houle dominante. La DDE indique que ce genre de modification ou altération est généralement lissé dans les 3 à 6 mois après l’événement. L’érosion de plage est variable selon les secteurs de 30 cm à plus de 1,50 m.

 

Des déchets flottants sont observés un peu partout en mer et des échouages abondants sur certaines plages (notamment Trois bassins). On observe à J+10 des déchets abondants dans les lagons (notamment St Leu), accompagnés d’une pellicule grasse et nauséabonde en surface de l’eau (la baignade n’est pas interdite). D’après des observations faites sur certains de ces débris flottants, il s’agirait de débris revenant à la côte après un circuit de 10 jours en mer.

 

Le phénomène Dina n’a pas l’ampleur de Firinga sur les lagons. Les dégâts sont toutefois importants et les « blooms algaux » observés à 30 jours sont préoccupants. Ceci confirme l’importance d’assurer un suivi scientifique à moyen terme des conséquences écologiques des cyclones.

 

 

La gestion des déchets

 

C’est environ 50.000 tonnes de déchets que les collectivités ont du collecter et traiter suite au passage de Dina. Ces déchets étaient constitués d’environ 75% de déchets verts et de 25 % d’encombrants. Les tonnages collectés, en particulier pour les déchets verts sont très importants. Ils représentent 50% de la production annuelle des volumes estimés par le PDEDMA (75.000 tonnes de déchets verts). Par ailleurs, dans la situation actuelle de démarrage des collectes sélectives, en porte à porte ou en déchetterie, ces volumes sont bien supérieurs à une année de collecte (3 ans pour la CCCO).

 

En ce qui concerne l’organisation du traitement des déchets, les 2 stations de compostage ont été rapidement saturées. Il est cependant important de noter que même si tous les équipements prévus à l’échéance du PDEDMA (2010) avaient été en service, ils auraient été également momentanément saturés.

 

Toutes les communautés ont donc mis en place des lieux de stockage provisoires. Sur ces lieux, il a été nécessaire de faire du tri : encombrants /déchets verts. Les lieux de stockage provisoire ont du être trouvés dans l’urgence, là où il avait des disponibilités et en raison des volumes à transporter ; ces lieux ne pouvaient pas être très éloignés des zones de production soient des zones urbanisées.

 

Toutes les communautés ont utilisé des moyens exceptionnels d’où des coûts importants (4,5 millions d’euro).

 

Le mélange des déchets (déchets verts et encombrants) s’est accentué au fil du temps. De plus le ramassage des ordures ménagères a également été perturbé (difficultés d’accès à certains quartiers pour les camions, surcharge de travail pour les prestataires ….) ; ce qui a contribué au mélange des déchets.

 

La masse conséquente de déchets verts a occasionné quelques incendies, sans doute volontaires, ce qui est formellement interdit.

 

 

3.6 Conclusion

 

Si le cyclone Dina présente des caractéristiques de vent remarquables (que ce soit par les vitesses en rafale ou par la durée de ces vents violents), les précipitations observées dans les secteurs les plus impactés (notamment l’Ouest) ont atteint des niveaux exceptionnels en termes d’intensité sur 24 heures.

 

Les dégâts observés conduisent aux constatations suivantes :

 

Un bilan humain limité, notamment en comparaison de phénomènes équivalents plus anciens ou du bilan Dina sur l’île Maurice

 

Des habitations principalement touchées par des phénomènes liés au vent (toitures, infiltration), avec des zones concernées localement par des inondations (principalement les zones basses de l’Ouest et du Sud)

 

Des réseaux (routiers, téléphoniques, électriques) très touchés, que seules des interventions rapides et fortes ont permis de remettre en état dans des délais raisonnables

 

 

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